L’Ikebana

L’Ikebana, ou l’art de l’arrangement floral, est un art japonais certainement d’origine bouddhique. Il est également appelé le ka-do, ou voie des fleurs. Son essor date de la période Muromachi (1333-1573), mais l’art d’offrir des fleurs aux divinités remonte aux cultes indiens. Lors du développement du bouddhisme au Japon, les fleurs faisaient l’objet déjà d’une pratique rituelle, mais c’est l’épanouissement du bouddhisme Zen qui a soumis l’Ikebana aux codes stricts des maîtres de thé. Pendant la période Muromachi, les maîtres de thé créent des écoles pour codifier cet art et le soumettre à une discipline esthétique. Il s’agit de mettre en harmonie la simplicité et la rusticité des supports (vases et plats) avec la nature profonde des matériaux et des textures. Si dans le tokonoma (petite alcôve), un vase accueille un ikebana savamment disposé, on évitera de mettre en valeur sur le mur de l’alcôve un rouleau représentant des fleurs, l’une des écoles les plus anciennes fut celle de l’ikenobo, dont il est dit qu’elle remonte au VIIe siècle, lorsque le moine Ono no Imoko revint de Chine. La fondation d’un véritable art codé date  de 1462, date à laquelle Sengyo aurait fondé le style rikka. Il s’agit de faire renaître l’élan vital des fleurs en les arrangeant et suivant un plan triangulaire qui permette aux tiges de longueur inégale, toujours en nombre impair, de garder un rythme qui rappelle ou évoque la nature. La plus haute représente le ciel, celle du milieu symbolise l’homme, tandis que la plus basse incarne la terre.

La symétrie et le croisement de branches ne sont pas tolérés. Dans le style rikka, cinq ou sept branches dont le sommet garde un nom différent selon sa position spatiale, sont choisies. Le sommet (ryo) se nomme shin à droite et yo à gauche. Les autres tiges prendront un nom de colline à droite ou de vallée à gauche. Des systèmes de proportions mettent en harmonie la hauteur des tiges, celle du vase et le diamètre du plat. La branche rikka s’impose dès le le XVe siècle, mais de nombreuses écoles rivalisent par la suite. Ainsi le nage-ire s’impose t-il pour la cérémonie du thé au XVIe siècle. Au XVIIe et XVIIe siècles, des styles fleurissent dans le monde flottant, plus directement bourgeois, et se soumettent aux nouveaux codes esthétiques de l’urbanité naissante. Ainsi le style shoka, qui séduit tout particulièrement les marchands, ou style chonin, prend son essor à Kyoto comme à Edo. La technique, une paire de ciseaux à lames courtes munis de longues poignées, un couteau et parfois une scie pour les branchages. Les piques fleurs, qui permettent de fixer les tiges et d’animer la pureté des lignes sont utilisés. Durant l’ère Meiji, un nouveau style, le moribana, crée par Unshin Ohara, fait appel à la technique des fleurs jonchées sur des plats, en utilisant des fleurs venant de pays étrangers qui permettent ainsi un plus grand jeu de couleurs. Naissent alors les écoles Teshigahara et Sogetsu, et l’essor des styles dits libres. Plus de 3000 écoles d’arrangement floral sont recensées, et cet art s’exporte dans tous les pays du monde.